Szabolcs Szõke
CIRQUE DE VESSIE
etno-opera-buffa
GIUSTO, premier clown: un peu philosophique, présomptueux, premier anklung, deuxie me violon de vessie, dans le sce ne de poupée le coq imbécile:
Attila Rácz
DOLCISSIMA, deuxie me clown, tre s enthousiaste membre de l’orchestre, premier violon de vessie, deuxie me anklung, quelque fois salivant, dans le sce ne de poupée la poule imbécile:
Katalin Homonnai
PATETICO, troisie me clown, sentimentalement exalté, parfois il s’imagine compositeur ou dirigeant, troisie me violon de vessie et anklung:
László Nádasi
POCO, quatrie me clown, l’instrument salivant et vexant est déja sa manie catatone. Mauvais clown qui souille les situations importantes, par exemple, il servit une verre d’eau a celui qui est juste en verve. Quelque fois il joue au violon de vessie, a l’anklung, mais ne les aime pas trop:
Domokos Szabó
TRAGICO, résigné, quelque fois clown. Il est de me che avec Paganini. Il joue a presque tous les instruments de cirque de vessie:
Lajos Spilák
PAGANINI, dirigeant de parties, virtueux du violon de vessie. Clown qui aime jouer de solos romantiques et fortement arqués a sa vessie:
Szabolcs Szõke
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CHANTEUSE |
Beáta Palya |
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PREMIER MUSICIEN |
Fruzsina Eszes |
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DEUXIEME MUSICIEN |
Mónika Kuncsner |
“Lis des poe mes, aussi des langues étrange res que tu ne comprends pas. Ne t’occupe pas de leur signification. Comme ç a tu vas connaî tre la musique des langues, la musique intérieure de l’â me créateur. Et tu arriveras a lire les textes de ta langue maternale indépendemment de leur content.”
SCENE I.
PROLOGUE
GUISTO Mesdames et Messieurs! Dans la musique on ne touche pas aux instruments a plusieurs cordes, aux mélodies complexes...
POCO Je crois que non...
DOLCISSIMA Donc, on ne soutient pas les créateurs des instruments a plusieurs cordes!
POCO Gue re...
PATETICO Pourtant, aux champs les bergers peuvent avoir quelque flu te...non?
DOLCISSIMA Au moins, la probabilité en plaide.
GUISTO Et alors, purifions encore. Apre s la mélodie, on doit parler de la mesure du temps... dans le sens qu’on ne doit pas chasser une mesure bariolée; par contre, chercher les rythmes convenables a une forme de vie intelligente et virile. Tout le monde peut affirmer que le bon et mauvais rythmes sont poursuits par l’ordre ou désordre.
PATETICO Mais bien su r qu’oui. La bonne mélodie, le bon ordre et la bonne rythme sont d’accord avec la pitié.
DOLCISSIMA Mais naturellement pas avec la niaiserie.
POCO Aucun doute...
(musique)
CHANTEUSE Tanári kari karika papír ipari paripa
Karika tanári kara paripa papír ipara
Taná rika rika rika papi ripa ripa ripa
Kari kata nári kara pari papa piri para
Tanári karika rika papír ipari paripa
Kari kata nári kata Pari papa piri para
(intraduisable, coq-a -l’â ne de Sándor Weöres)
SCENE II.
PREMIERE RENCONTRE AVEC LES VESSIES
GUISTO Celui qui veut jouer nos melodies doit tout d’abord apprendre une suite de pie ces qui sont écrites selon nos notes. Faites connaî tre votre petite main peu-a -peu avec les vessies.
DOLCISSIMA Ou dois-je la poser?
GUISTO D’abord mettez votre main a la partie antérieure, puis divisez le tout en 9 parties égales.
DOLCISSIMA Comme ç a, c’est bon!
GUISTO Maintenant, c’est bon, mais si vous jouez trop silencieusement ou trop fortement, ou si vous tirez des voix qui ne sont pas convenables...
DOLCISSIMA ...alors, soufflez dans mes oreilles que ç a chant faiblement
GUISTO ... ou que ç a ne chant pas assez
DOLCISSIMA ... ou que ç a chant trop durement
GUISTO ... ou que ç a se décore trop.
DOLCISSIMA Mais d’une telle faç on que d’autres ne s’aperç oivent pas.
DOLCISSIMA Comme ç a c’est bon!
GUISTO Maintenant c’est bon. D’ailleurs ç a a l’avantage que...
DOLCISSIMA ... que c’est facilement compréhensible et...
GUISTO ... on ne peut pas l’oublier.
CHANTEUSE Ange amban ulanojje balanga janegol
mohi tula e mante ukuaháj imanen
jekale munni temme ajajja mimeno
golu pandu amenijja ukuaháj imanan.
(intraduisable, coq-a -l’â ne de Sándor Weöres)
SCENE III.
L’ECOLE DE CLOWN DE PAGANINI
DOLCISSIMA Jouer des pie ces de bons auteurs selon leurs instructions est un art beaucoup plus grand que les solos les plus difficiles.
PATETICO Il y a des uns, des autres qui pensent qu’on peut trouver plus de bons joueurs d’orchestre que solistes. Ils se trompent. Il y a naturellemnet assez de mauvais accompagnateurs, mais de bons - tant moins!!!
GUISTO La représentation d’un oeuvre musical selon le gou t actuel du cirque n’est pas si facile comme on l’imagine.
POCO Car aujourd’hui tout le monde veut jouer de solos. Pourtant il ne faut pas jouer de solos avant qu’on ne peut pas bien accompagner.
PATETICO Avant de jouer, il faut jeter un coup d’oeuil sur la pie ce!!!
DOLCISSIMA Et il ne faut pas racler du violon continuellement et avec monotonie.
PAGANINI Silenzio!
SCENE IV.
L’AFFRONTEMENT DE GUISTO ET DE PATETICO
POCO Dieu a donné plus a l’un, moins a l’autre. Pour cette raison personne ne méprise l’autre, me me s’il a par hasard un mieux instrument de musique. Mais pratiquez l’amour chrétien et la pitié et occupez-vous de cette faç on de votre art.
GUISTO Qu’est-ce que vous faites actuellement?
POCO Rien.
GUISTO C’est tre s fatigant.
POCO J’ai écouté plusieurs compositions de Paganini. Ç a c’était ma fin.
GUISTO Je ne suis pas surpris.
GUISTO Vous avez entendu ce die se?
POCO Non. Qu’est-ce qu’il y a avec? Peut-e tre on pourrait encore l’aider.
GUISTO Quel courage, dans cette partie un die se!!! Trois croix et un b!!
DOLCISSIMA Pardon, deux croix et un b!
PATETICO Oui, oui. Deux croix et un b.
GUISTO Vou dites ç a a moi; vous avez entendu ce die se?! TRA-TA TADARA (en chantant)
PATETICO Pas TRA-TA TADARA, mais TRE-TE TEDERE (en chantant)
GUISTO Peut-e tre comm ç a: DE-DE-LALA-RARA (en jouant du violon de vessie et en chantant)
PATETICO PE-PE-PLEM-PLEM (en jouant du violon de vessie et en chantant)
GUISTO TADA-RADA-LALA (en criant)
PATETICO TRA-DADARA-TEDERE-TYE-TYE
GUISTO TU-TU-TU-TU
PATETICO Quoi? Juste pour savoir, c’est TE-DEDE-DELADALA!
(musique)
GUISTO Fais tourner la voix avec le bout de ta langue, danse la danse des oiseaux... Et ne reste pas longtemps dans un ton, mais éternue un plu tot et fais un autre pas!
CHANTEUSE Viku lili hej riri sziggaga
Muko foki kupu káj lili viku fuja
Kej rubu lofu lofu
Rudo-zori klit pipa hej rila
(intraduisable, coq-a -l’â ne de Sándor Weöres)
SCENE V.
LE DINER
GUISTO Je voudrais bien savoir si cette répétition se réalise. La dernie re était tout un scandale. Je n’en voudrais plus.
PATETICO Si une fois, une seule fois, si on pouvait jouer du début jusqu’a la fin La truite.
POCO Si rien n’arrive mal. C’est une pie ce si belle!
GUISTO Cette pie ce fait partie de la haute littérature de musique, si vous ne le savait pas!
PATETICO Pas une seule fois, on ne pouvait jamais - pas comme une oeuvre d’art - me me pas honne tement et sans faute jouer jusqu’a la fin La truite.
DOLCISSIMA Parce qu’il y avait toujours quelqu’un qui l’a nuit par son inattention. Cochons!
PATETICO C’est lui qui dit toujours que sa main est blessée par un picot.
DOLCISSIMA Mais oui, impossible de jouer Schubert d’un air difforme de douleur.
PATETICO Et encore plus La truite!
GUISTO D’ou devrais-je savoir que le service de l’art de la musique est si problématique!
DOLCISSIMA Vous aussi, ç a vous répugne de jouer!
PATETICO La vie, la vie est répugnante!
POCO La vérité... la vérité que moi non plus, je n’aime pas cet instrument. C’est un supplice pour moi, mais il faut le faire.
DOLCISSIMA Vous non plus, vous n’aimez pas votre violon.
PATETICO On ne veut pas la vie, mais il faut vivre.
GUISTO On hai t La truite, mais il faut le jouer.
POCO Ce qu’on peut appeller l’art de la musique est véritablement une maladie.... Donnez-moi la colophane.
(Paganini commence a jouer La truite)
GUISTO Casals!
POCO La truite dans le mane ge.
PATETICO Les gens viennent et regardent et l’entendent.
DOLCISSIMA Ils viennent a une production du cirque...
POCO ... et ils rentrent avec La truite.
GUISTO Mais jusqu’a ce qu’on y arrive... il faut que nous nous exercions.
POCO S’exercer!
PATETICO S’exercer!
DOLCISSIMA Schubert!
POCO Il n’y a pas de léopards, pas de lions, pas de chevaux.
DOLCISSIMA Que toi et Schubert!
GUISTO Pas de jongleurs d’assiette, que Schubert et toi!!!
DOLCISSIMA Alors ç a ne sera pas de répétition...
GUISTO Ç a sera un concert.
(Duo de Tragico et de Paganini)
SCENE VI.
PATETICO S’IMAGINE DIRIGEANT
PATETICO La che re Dolcissima me demande si j’avais eu un programme déterminé durant la composition de la symphonie... Aux telles questions j’ai l’habitude de répondre non. C’est un processus purement lyrique. Malgré mes efforts, je n’arrive pas a m’expressionner, a décrire ce sentiment extreme ment bon qui me surprit toujours et toujours si j’ai une nouvelle pensée que je sens germer au sein de moi. Pendanz ce processus magique m’arrive souvent qu’une impulsion extérieure m’arrache de cet état somnambule. Par exemple, si tout-a -coup quelqu’un sonne, ou le serveur entre dans ma chambre. Les dérangements pareils sont tre s effrayants. Parfois ils chassent tellement le inspiration que je dois presque la chercher de nouveau, mais, hélas, souvent totalement en vain!
DOLCISSIMA Oh, maî tre! dans ce cas, qu’est-ce que vous faites? Qu’est-ce qui peut vous aider de la retrouver?
PATETICO Dans ce cas je dois appeler la raison froide et la technique pure.
DOLCISSIMA Rien d’autre ne vous aide?
PATETICO Rien. (l’orchestre des clowns se met a jouer) La pensée principale de la symphonie est l’introduction. (se met a diriger) Oui, oui! C’est le sort fatal. Le destin. Ce pouvoir est invincible! (l’orchestre joue le motif “destin”) Et on ne reste d’autre que nous y soumettre et nous plaindre en pure perte. Le sentiment d’abattement est de plus en plus grand... Con sordino!... Le destin est ici de nouveau! Plus de sordino!!! (l’orchestre joue de nouveau le motif “destin”) Il n’y a pas de port, pas de sécurité.
DOLCISSIMA C’est tout?
PATETICO Oui, c’est tout que je peux dire de cette symphonie.
CHANTEUSE Panyigai panyigai panyigai ü panyigai ü
Panyigai panyigai panyigai ü panyigai ü
Kudora panyigai panyigai kudora ü
Panyigai kudora kudora panyigai ü
Kotta kudora panyigai kudora kotta ü
Kotta panyigai kudorapanyigai kotta ü
HÁZ... panyigai kudora ü kudora kotta HÁZ...
Kudora HÁZ... panyigai ü panyigai HÁZ... kotta... kotta... kotta
(intraduisable, coq-a -l’â ne de Sándor Weöres
SCENE VII.
“LA POULE” - CONTE POUR ENFANTS BETES, opéra de poupées mélancolique
PATETICO Je veux que le silence soit si profond qu’on entende si l’ail d’un oiseau bronche. Qu’on entende aussi, si...
POCO ... un coeur bat plus fortement. Soit tel...
PATETICO ... comme si quelqu’un ouvrait la roselie re avec une main lége re.
DOLCISSIMA Il y avait une petite fille qui était imbécile. J’ai dit imbécile, mais elle était encore plus imbécile. Elle était piquée par un moustique, et elle a courit. Elle était piquée par une gue pe, et elle a courit.
GUISTO Il y avait une poule. Toutes les poules ont peur du renard. Mais cette voulait que les renards la dévorent, car cette poule était une imbécile.
POCO Les nuits d’hiver la lune villageoise donne de grandes gifles aux poules. Des gifles tellement grandes que les murs des maisons du village les résonnent!
PATETICO Tre s ridicule!
POCO Les pre tres ne peuvent jamais comprendre la raison de ces gifles, mais le Dieu oui.
PATETICO Et les poules aussi.
DOLCISSIMA Tout le monde doit savoir que le Dieu est un grand montagne vivant.
GUISTO L’une de ses peaux est peau de mouche, au-dessus il y a une peau de gue pe...
DOLCISSIMA ... et au-dessus une peau d’hirondelle et encore une peau de lézard et une peau de ténia, et une peau d’homme et encore une peau de panthe re, et tout. Vous voyez tout?
GUISTO Donc tout, et encore une peau de poule aussi. C’est ce que notre amie ne savait pas. Il faut rire, si on réfléchit, du fait que les poules sont si sympathiques. Toutes ont une cre te. Toutes ont des fesses. Et toutes pondent des oeufs.
DOLCISSIMA Bon, qu’est-ce que vous en pensez?
POCO La poule imbécile hai ssait les oeufs. Mais il faut dire, les coqs lui ont plus.
GUISTO Mais elle hai ssait ses propres oeufs. Alors qu’il n’y pas de chose plus belle qu’un oeuf. Le visage, lui-me me. Vous ne comprenez pas?
DOLCISSIMA Moi, je comprends.
GUISTO Pas injuste de défendre un oeuf contre une poule imbécile qui est l’amie des hommes!
POCO Une nuit la lune distribuait ses gifles aux poules.
PATETICO Sur la mer, sur les toî ts des maisons il y avait la me me lumie re.
GUISTO Personne ne dormait.
DOLCISSIMA Les poules n’en supportaient plus.
GUISTO Enfin, un coq s’est déterminé.
DOLCISSIMA La poule imbécile s’est défendue.
GUISTO Le coq a dansé trois fois, mais, comme tout le monde le sait, les coqs ne peuvent pas bien enfiler le fil!
PATETICO Les cloches se sont sonnées, car elles devaient se sonner!
POCO Et ils se sont mis a lutter.
GUISTO Coq intelligent! (en chantant)
DOLCISSIMA Poule imbécile!
GUISTO Poule intelligente!
DOLCISSIMA Coq imbécile!
GUISTO Les deux sont intelligents!
DOLCISSIMA Les deux sont imbéciles!
GUISTO Coq intelligent!
DOLCISSIMA Poule imbécile!
PATETICO Ils luttaient et luttaient. Ils luttaient comme ç a toute la nuit.
POCO Et dix nuits. Et vingt nuits.
PATETICO Et un an. Et dix ans.
POCO Et toujours.
SCENE VIII.
FINALE
CHANTEUSE Silence, paix, silence, paix, lueur
silence, paix, silence de la paix
paix de la lueur, silence, silence lumineux, paix
silence, paix, lueur, lueur silencieuse de la paix
silence de la lueur, silence du silence, lueur de la lueur
paix, silence, lueur!
(Sándor Weöres: Tambour et danse)
SCENE IX.
EPILOGUE - PAGANINI JOUE UNE PETITE CHANSON AVEC TRAGICO
PAGANINI Je suis une â me fine et mimose
Je châ tre un cochon, je vole une poule
Un jour, quand le diable me prit
Je dis calmement que vendredi.
(Sándor Weöres: Suite burlesque)
(la musique s’entend de moins en moins, lumie res en bas, FIN)